Iliona, le retour...

16 Avril 2004

Il n'y a pas de hasard... Je passe devant la librairie l'Arbre du Voyageur, rue Mouffetard et rentre sans trop savoir ce que je veux...si ce n'est faire le tour des étals sur lesquels sont disposés les livres, trop de livres. Je laisse mon regard errer sur les couvertures, sans qu'il ne s'arrête sur rien de précis. Et puis dans un coin, derrière un pan de mur, un rayonnage où sont rangés verticalement quelques beaux livres de photos. Coincé entre deux, un bouquin format poche attire mon regard. Sur la tranche un nom et un titre : Raymond Depardon, Errance ! Je le prends, lit un texte au dos qui me décide à l'acheter, tant il est au diapason de l'humeur dans laquelle je suis depuis mon retour de Venise, état d'âme en écho avec celui qui était le mien lors de cet autre voyage initiatique au coeur de l'Islande en 1990, et qui allait m'amener à "lâcher" le métier de photographe que j'exerçais depuis 20 ans pour devenir Gestalt-thérapeute.

"J'ai le pressentiment que quelque chose ne sera plus comme avant. C'est peut être la vraie définition de l'errance, de sa quête, avec sa solitude et sa peur. C'est le désir que je cherchais, la pureté, la remise en cause, pour aller plus loin, au centre des choses, pour faire le vide autour de moi. Je me dois de me laver la tête...pour rencontrer le centre d'une nouvelle image, ni trop humaine, ni trop contemplative, où le moi est aspiré par les lieux quand le lieu n'est plus spectacle, ni surtout obstacle. Il me faut vivre cette quête qui est la mienne...Elle arrive à un moment, ni bon ni mauvais, elle est nécessaire...Pour être juste cette errance est forcément initiatique...mon regard va changer...Cette quête devient la quête du moi acceptable." R. Depardon, Errance, Seuil, 2000

Ce livre est un "révélateur"... Il me permet de mieux comprendre cette obligation interne de purification qui a émergé en 1991 pour effectuer, ce que je croyais légitime à l'époqque, le passage d'un "être photographe" morcellé dans lequel je m'étais perdue de vue à un "être thérapeute" qui allait m'unifier, me mettre dans mon axe, dans mon Centre. Je n'envisageais plus la possibilité de continuer à être photographe, j'étais allée trop loin dans les compromis. Exit Iliona photographe ?

En 98, avec l'achat de l'APS, bloc note idéal pour réaliser un carnet de voyage, en n'ayant plus l'obligation de rapporter quelque chose, d'être utile, rentable, j'ai vraiment réalisé que j'étais passée à coté de cette errance où à chaque pas on chemine à la frontière entre le réel qui impose sa lumière, son moment, son sujet et les sensations que l'on éprouve quand on fait des photos pour voir quel est son regard à l'état pur, sans intention particulière, quête de soi-même qui se donne à voir par la forme qui émerge.

Aujourd'hui avec le recul de ces 13 années et surtout le résultat photographique de mon "errance vénitienne", se dessinent les contours d'une réunification entre l'être thérapeute et l'être photographe, sous réserve cette fois ci que je reste bien dans mon axe : celui de quelqu'un qui, cheminant à la frontière entre voyage extérieur et voyage intérieur, accepte les limites imposées par le choix d'un matériel, prolongement d'un regard qui renonce à "ces prouesses de cadre ou de virtuosité de l'instant" ou le sentiment de toute puissance se mesure aux nombres d'objectifs et de boitiers à disposition !

Catherine Loury dite Iliona, auteur photographe et gestalt-thérapeute

 

 

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